Agriculture biologique (F5)

1. Exemple de problèmes pour lesquels la bonne pratique constitue une alternative

  • Engrais minéraux et produits chimiques de synthèse: constituent une source de pollution à la fois de l’environnement (eau, air et sol) et de l’alimentation.

  • Absence ou concentration excessive d’animaux.

  • Résurgence de certains problèmes: liés à l’environnement notamment réduction de la biodiversité et apparition des phénomènes de résistance des arthropodes aux pesticides.

  • Consommation d’énergie non renouvelable.

  • Absence de contrôle des produits d’alimentation vendus dans les marchés.

  • Niveaux de productivités très faibles de certaines cultures et revenues insuffisants des producteurs.
2. Objectifs de la bonne pratique agricole en regard de l’environnement
  • Produire des denrées agricoles de haute qualité nutritive en quantité suffisante.

  • Accroître et renforcer les systèmes vivants: au travers des cycles biologiques diversifiés respectant les micro-organismes, la flore, la faune, des sols, les cultures et les animaux d’élevage.

  • Maintenir et améliorer la fertilité des sols à long terme.

  • Mettre en place des systèmes agricoles: aussi autosuffisants que possible en ce qui concerne la matière organique et les éléments nutritifs.

  • Donner à tous les animaux d’élevage des conditions de vie ne contrariant pas les aspects fondamentaux de leur comportement naturel.

  • Eviter toute forme de pollution pouvant résulter d’une pratique agricole.

  • Maintenir la diversité génétique des systèmes agraires, de leur environnement, y compris la protection des plantes et animaux sauvages.

  • Accroître la productivité des systèmes de culture à faible apport d'intrants.

  • Ouverture de nouveaux débouchés commerciaux.

  • Favoriser, à l'échelon national et international, le débat public sur la durabilité en faisant mieux connaître les questions environnementales et sociales méritant une attention particulière.
3. Mise en œuvre de la bonne pratique agricole

Il s’agit de mettre en œuvre une démarche globale de gestion des écosystèmes agricoles afin de se rapprocher au mieux des conditions naturelles de vie des végétaux et animaux et ceci tout en occupant plus harmonieusement l’espace rural.

3.1. Description

La mise en place de l’agriculture biologique dans une région nécessite la maîtrise de trois facteurs : la conversion, la certification la formation-information et la commercialisation.

3.1.1. La conversion: La conversion a pour objectif de:

  • Améliorer les facteurs économiques au niveau de la ferme: prix de revient, rendements, marchés.

  • Réduire l’emploi d’intrants non renouvelables: introduction de légumineuses dans la rotation, recherche si possible de complémentarités agriculture-élevage au niveau de la ferme ou de la région, travail sur les espèces et variétés adaptées à l’agriculture biologique, etc.

  • Améliorer et maintenir la fertilité du sol : économie d’eau- suppression de l’érosion- maintien de la biodiversité, etc.

  • Améliorer la qualité des produits, de l’environnement et de la vie familiale ceci est une conséquence des 3 derniers objectifs.
établissement d’un plan de conversion nécessite la prise en compte de 4 aspects qui sont indissociables à savoir :
  • L’aspect humain :

    • être sûr de ses raisons de changer

    • être capable de se remettre en cause

  • L’aspect technique

    • importance de l’observation et de l’information

    • priorité aux mesures préventives

  • L’aspect économique

    • supporter les surcoûts des années de conversion, sans compensation

    • danger à se convertir seulement pour les primes

  • L’aspect administratif

    • déclaration à l’organisme de contrôle

    • tenue à jour stricte des documents exigés.
3.1.2. La certification

«La certification est la déclaration, par une autorité, un organisme qualifié, qu’un produit, un organisme ou une personne répond à un certain nombre de critères»

Pour l’instant, l’absence d’une réglementation au niveau national fait que la certification est assurée par des organismes de contrôle et de certification qui sont agréées par la norme EN 45011 relative aux organismes chargés de délivrer la certification des produits. Ces organismes sont :
  • Ecocert SARL (N° d’homologation AB 001)

  • Qualité France (N° d’homologation AB 002)

  • Afaq-Ascert International (N° d’homologation AB 003)

  • QNPC Qualité Nord Pas de Calais (N° d’homologation AB 005)

  • ULASE (N° d’homologation AB 006).
Les critères établis par ces organismes pour les produits végétaux ou non proviennent du règlement CEE 2092/91, paru au Journal officiel de la Communauté Européenne du 22 juillet 1991.

3.1.3. La formation-information

Le monde de l’agriculture biologique évolue vite, que ce soit au niveau technique, au niveau réglementaire, au niveau des idées. La mise à jour permanente de l’information est indispensable. Pour ceci, il existe à l’étranger une liste des formations officielles à savoir: Formabio, S.U.A.F, diplôme européen coordonnée de spécialisation en agriculture biologique. Egalement, il existe des publications périodiques (Alter Agri, biopresse, etc..) des ouvrages de référence (mémoires de troisième cycle réalisés au Maroc et ailleurs, publications ACTA, séries de publications sur la lutte intégrée de l’Université de Californie, etc..), des organisations de l’Agriculture biologique (Bioconvergence, F.N.A.B, I.T.A.B, etc.) des foires et salons et les congrès de l’IFOAM (Fédération internationale des mouvements d’Agriculture biologique).

3.1.4. La commercialisation

En l’état actuel dans le pays en voie de développement tel que le Maroc, où la réglementation, les aides à l’agriculture biologique et du cahier de charges sont absents, la maîtrise du facteur commercialisation reste très difficile surtout que les prix de revient des produits biologiques sont plus élevés dans la majorité des cas et que la production est destiné en presque totalité vers l’étranger.

La maîtrise de la commercialisation doit passer essentiellement par l’analyse:

  • des raisons de surcoût (difficultés structurelles, surcoût de la fertilisation, orientation des aides publiques, etc.)

  • Le marché national et étranger

  • la consommation

  • Les filières

  • Les circuits (petite, grande distribution, etc.)

  • La production

  • Les importations
3.2. Moyens techniques nécessaires

La mise en œuvre de l’agriculture biologique doit commencer par la fixation avec l’agriculteur d’un certain nombre d’objectifs aussi bien technique, économiques, voire sociaux. De là découlera un calendrier, établi selon le schéma suivant :

3.2.1. Aspects phytosanitaires

En agriculture conventionnelle, la transition doit se faire en 4 étapes:

  • Collecte de données sur les différents problèmes phytosanitaires par espèce et variété ainsi que les données climatiques. Traiter uniquement que quand il le faut et avec des produits sélectifs et moins rémanents. La bonne lutte intégrée (lutte raisonnée) peut être une étape intermédiaire.

  • Introduire les pratiques culturales, physiques, mécaniques, biologiques dans le programme de protection phytosanitaire. Cette étape peut durer plusieurs années.

  • Favoriser et au besoin introduire des ennemis naturels tout en rendant le calendrier de traitements compatible avec cette faune auxiliaire et en aménageant l’environnement de cette faune (haies, brise vents, etc.)

  • Si les trois étapes précédentes sont franchies avec succès, et dans la mesure où le suivi intégral du règlement de l’agriculture biologique peut s’envisager sans risque technique et à un coût comparable, on peut utiliser que les pratiques autorisées et entreprendre les démarches de la certification avant le début de l’année culturale, pour la prochaine production.

3.2.2. Fertilisation

Le même schéma de transition peut être appliqué à la fertilisation.

D’autres pratiques peuvent être adoptés à savoir :
  • Améliorations physiques générales si besoin : sous-solage, correction du Ph, correction des carences, etc.

  • Rotation : introduction d’engrais verts, introduction des légumineuses (au moins 40% des surfaces), suppression de certaines plantes à problèmes, etc.

  • Travail du sol : binage, sarclage,

  • Préparation et organisation de la récolte et de la commercialisation

  • Etre souple dans ses actions : s’adapter aux changements de conjoncture, savoir choisir ses conseillers interpréter leurs conseils, etc.

  • Avoir en sa possession les documents nécessaires à la conversion à savoir : le plan cadastral, relevé de cultures, fertilisations et traitements effectués depuis 3 ans par culture avec étiquettes, facture, documents commerciaux, liste du matériel disponible, etc.. D’autres démarches sont à respecter pour l’obtention d’une certification si une partie de la ferme est en culture biologique.
3.3. Normes et valeurs de référence

Les normes et valeurs sont indiquées dans le règlement CEE 2092/91, paru au Journal officiel de la Communauté Européenne du 22 juillet 1991.

Dans les conditions Marocaines, et particulièrement les conditions du Saïs et Moyen Atlas, plusieurs études ont été réalisées dans le cadre des travaux de mémoire de troisième cycle pour voir les possibilités de développement de l’Agriculture biologique (Oléiculture, maraîchage, pomiculture) dans le Saïs et Moyen Atlas.

3.4. Suivi

L’Agriculture biologique a pour but d'intervenir par une multitude de méthodes qui sont en conformité avec le règlement CEE 2092/91 appliqué pour les produits végétaux, transformés ou non. Son application nécessite un suivi régulier de la part de l’agriculteur tout en respectant les méthodes de production biologique (annexe 1, 2, 3 et 6 du règlement communautaire). Toutefois, le producteur doit rester très proche de l’évolution des connaissances scientifiques dans ce domaine et ceci par la mise à jour permanente de l’information. En plus, la soumission des opérateurs à un régime de contrôle (article 9 du règlement CE) auprès des cinq organismes de contrôle et de certification accrédités (Ecocert, Qualité France, Afaq-Ascert International, QNPC Qualité Nord Pas de Calais, ULASE) et l’application d’un étiquetage clair pour les consommateurs sont obligatoires pour le suivi de la production en mode biologique.

3.5. Estimation et coût de mise en oeuvre

L’application de l’agriculture biologique dans une région engage des frais qui peuvent être réparties en :
  • Frais des inputs consommables à savoir :
    • Frais du travail du sol

    • Frais de la fumure organique

    • Frais des produits phytosanitaires

    • Frais liés à l’eau d’irrigation

  • Frais de la main d’œuvre (taille, récolte, traitements phytosanitaires et fertilisation)

  • Frais de la certification
3.6. Limites de la bonne pratique agricole

  • Utilisation non raisonnée des produits chimiques (pesticides et engrais).

  • Une faible tendance des agriculteurs à l’utilisation de la lutte biologique ou même raisonnée par des introductions de parasitoïdes et préservation de ce qui existe déjà par la limitation de l’utilisation des produits chimiques.

  • Les méthodes de récoltes et les conditions de stockage sont encore loin des normes de l’agriculture biologique.

  • Difficultés dans l’importation et la production des intrants nécessaires au mode biologique.

  • Le consommateur local n’est pas encore conscient des problèmes environnementaux se rapportant à l’utilisation des pesticides et des engrais.

  • Absence d’une législation marocaine en matière de la réglementation biologique.

  • Absence d’associations ou de coopératives pouvant regrouper les agriculteurs, qui souhaitent se convertir afin qu’ils soient protégés contre les intermédiaires et les aléas du marché.

  • Désorganisation du circuit d’écoulement de la production sur le marché interne et externe.

  • Manque de débouchés dans le marché pour les produits biologiques vue leur prix de vente qui dépasse largement les produits issus de l’agriculture conventionnelle.

  • Absence d’un programme national pour la promotion et le développement des productions agricoles de petites et moyennes exploitations agricoles.

  • Absence du soutien de l’état à la filière biologique par l’intermédiaire d’aides fiscales et financières à la conversion