Lutte intégrée (F4)

1. Exemple de problèmes pour lesquels la bonne pratique constitue une alternative

  • Lutte chimique ne respectant ni les doses et les fréquences d’utilisation ni les conditions d’application (stades du ravageur, traitement préventif ou curatif, délai avant récolte, etc..).

  • Lutte chimique avec des produits chimiques forts favorisant l’apparition du phénomène de résistance des ennemis de culture aux pesticides et poussant les agriculteurs à surdoser, à augmenter les fréquences d’utilisation et à utiliser des produits très toxiques aggravant ainsi la situation, ce qui est néfaste aussi bien pour l’environnement que pour le budget de l’agriculteur.

  • Destruction de plusieurs espèces d’oiseaux et de mammifères locales et d’insectes utiles (faune auxiliaire) favorisant ainsi un déséquilibre de la chaîne alimentaire et la pullulation d’un certain nombre de ravageurs reconnus comme secondaires.

  • Pollution de l’eau (nappe phréatique), du sol et l’air.

  • Refoulement des fruits exportés à l’étranger suite au non respect des doses de pesticides autorisées par les pays importateurs.
2. Objectifs de la bonne pratique agricole en regard de l’environnement

La lutte intégrée ou gestion intégrée des ennemis des cultures peut être définie comme une méthode décisionnelle qui a recours à toutes les techniques nécessaires pour réduire les populations d'organismes nuisibles de façon efficace et économique, tout en respectant l'environnement.


3. Mise en œuvre de la bonne pratique agricole

3.1. Description

La lutte intégrée peut être élucidé en six étapes :

3.1.1 Identifier la faune utile et les ennemis

La majorité des organismes vivants sont utiles. On ne peut se permettre d'éliminer tout ce qui bouge et par conséquent causer un déséquilibre des chaînes alimentaires. En lutte intégrée, il faut d'abord identifier et connaître les espèces qui habitent les écosystèmes agricoles (champs, vergers, serres, etc.).

3.1.2 Dépister et évaluer la situation

Pour rationaliser les décisions, il faut aussi évaluer les conditions environnementales, l'abondance des organismes nuisibles et utiles, l'état de santé et le stade de développement des cultures. Dans plusieurs productions maraîchères et fruitières, le suivi régulier des champs permet de mieux utiliser les pesticides et de réduire leur emploi sans perte de qualité et de rendement.


3.1.3. Utiliser des seuils d'intervention

Un seuil d'intervention permet non seulement d'utiliser un pesticide ou tout autre moyen de lutte au bon moment, avec un maximum d'efficacité, mais aussi de réaliser des économies appréciables en n'intervenant pas lorsque ce n'est pas justifié.

3.1.4. Adapter l'écosystème

Plusieurs organismes nuisibles résident en bordure des champs, dans les cultures voisines, dans des résidus de cultures et dans les sols. Ils peuvent aussi être transportés par la machinerie et le personnel agricole. Le choix de cultivars tolérants ou résistants, la modification des densités et des dates de semis, l'entretien des brise-vent et des fossés, la désinfection des équipements et l'utilisation de rotations appropriées sont autant de moyens de rendre l'écosystème favorable aux organismes utiles et aux cultures, mais difficile à vivre pour les ravageurs, les agents pathogènes et les mauvaises herbes.


3.1.5. Combiner les méthodes de lutte

L'intégration de différentes méthodes de lutte préventives ou curatives, soit biologique, mécanique, culturale, génétique et chimique, assure une réduction plus durable et souvent plus efficace des populations d'organismes nuisibles et contribue à réduire les risques associés à l'emploi exclusif des pesticides chimiques notamment la destruction de la faune auxiliaire, la sélection de souches résistantes et la pollution de l’eau, l’air et le sol. En fait, les pesticides ne sont qu'un maillon de la lutte intégrée et doivent être utilisés uniquement lorsque la situation le justifie.

3.1.6. Évaluer les conséquences et l'efficacité des actions

Tout processus décisionnel implique une évaluation des résultats. L'utilisation de parcelles témoins, le dépistage et les évaluations de rendement et de qualité permettent de quantifier l'efficacité et la rentabilité des différentes actions engagées et d'améliorer graduellement les façons de faire.

3.2. Moyens techniques nécessaires

La mise en œuvre de la lutte intégrée nécessite:

  • Identification des ravageurs principaux, secondaires et faune auxiliaire associé à la culture

  • Suivi régulier des champs selon les techniques et méthodes adoptées au Maroc (prélèvement et comptage de ravageurs sur échantillons, piégeage, etc.)

  • Utilisation d'un pesticide ou de tout autre moyen de lutte au bon moment et/ou justifié par l'emploi de seuils d'intervention

  • Utilisation de moyens visant à rendre l'écosystème favorable aux organismes utiles et aux cultures mais difficile à vivre pour les ravageurs des cultures

  • Intégration des différentes méthodes de lutte dans une approche intégrée de protection des cultures (utilisation de pesticides de synthèse et de moyens alternatifs ou au mieux uniquement de moyens alternatifs)

  • Evaluation de l’efficacité des méthodes de lutte mise en œuvre.
3.3. Normes et valeurs de référence

Certaines normes existent concernant les seuils de nuisibilité utilisés pour les ravageurs du pommier au Maroc à savoir :
  • Pour l’acarien rouge, deux seuils sont utilisés en fonction de l’époque de l’année:

    • Seuil de tolérance hivernal : 200 œufs par rameau de 20 cm (l’échantillon à dépouiller est de 10 m de branchage composées de rameaux de 20 cm âgés de 2 à 3 ans.

    • Seuil de tolérance post-hivernal (sur un échantillon de 100 feuilles prises sur 50 arbres):
      • au printemps il est de 60% des feuilles occupées ou de deux à 3 formes mobiles par feuille

      • en été : il est de 40% ou de 5 à 7 formes mobiles par feuille.

  • Pour le carpocapse (piégeage sexuel + contrôle visuel)
    • le seuil est fixé à 3 captures/piège sexuel /semaine

    • le seuil est fixé à 2 % des fruits attaqués (échantillon de 1000 fruits prélevés sur 50 arbres)
3.4. Suivi

La lutte intégrée a pour but de n’intervenir par une multitude de méthodes que lorsque le ravageur présente un risque réel. Son application nécessite un suivi régulier de la part de l’agriculteur tout en restant très proche de l’évolution des connaissances scientifiques en la matière d’utilisation des seuils d’intervention qui peuvent évoluer en fonction de l’évolution des ravageurs sur la culture à protéger.


3.5. Estimation et coût de mise en oeuvre

L’utilisation de la lutte intégrée nécessite en plus des contrôles visuels effectués au champ, l’achat de pièges, de capsules à phéromones, de produits biologiques (exemple: Bacillus thuringiensis, prédateurs, parasitoïdes, etc.) utilisés dans la lutte. Au Maroc, quelques sociétés commercialisent ces produits. Les prix relatifs à ces produits peuvent être communiqués par les sociétés qui les commercialisent.

3.6. Limites de la bonne pratique agricole
  • Niveau d’instruction des agriculteurs pour respecter les seuils d’intervention.

  • Manque de techniciens spécialisés pouvant faire le suivi de la dynamique des ravageurs dans les exploitations agricoles.

  • Utilisation fréquente des agriculteurs des produits chimiques : insecticide, fongicide, herbicides, etc..

  • Budget limité des agriculteurs pour l’achat des pièges et d’autres moyens utilisés en lutte intégrée.

  • Présence d’un nombre limité de sociétés commercialisant les pièges, les capsules à phéromones, etc..

  • Rareté de sessions d’encadrement pour les agriculteurs leur assurant un encadrement suffisant en matière de connaissance des ravageurs, et d’évolution des seuils utilisés.