Pesticides et diagnostic

Les pesticides sont utilisés en quantités considérables depuis plus d’un demi-siècle par l’agriculture intensive. On retrouve des résidus de pesticides partout: dans l’eau bien sûr, mais aussi dans l’air, les brouillards et l’eau de pluie.

Les pesticides sont présents dans nos aliments également : plus de 50% des fruits et des légumes produits par l’agriculture intensive en contiennent. Ils finissent finalement dans nos organismes, apportés là par l’eau et les aliments consommés. Nos organismes hébergent ainsi des centaines de molécules toxiques dont de très nombreux pesticides.

Ces pesticides posent un véritable problème de nuisance à l’environnement et de santé publique, et pas seulement pour les utilisateurs qui sont les plus exposés, mais aussi pour la population générale. En effet, les effets de faibles quantités de pesticides, en mélange, pendant des périodes longues posent de nombreux problèmes de santé. L’épidémiologie nous montre ainsi que les personnes exposées aux pesticides ont plus de risque de développer de nombreuses maladies que les autres: cancer, malformations congénitales, problèmes d’infertilité, problèmes neurologiques ou encore système immunitaire affaibli sont plus fréquent chez eux.

Face à cette situation, une seule solution : mieux évaluer les pesticides pour interdire à priori tous ceux qui présentent un potentiel toxique pour l’homme et l’environnement avéré ou même suspecté et surtout diminuer considérablement l’usage des pesticides en changeant d’urgence le type d’agriculture pratiquée dans notre pays.

Face à cette situation, depuis quelques années on assiste dans différentes régions du monde à la mise au point d’outils de diagnostic agri-environnemental (DAE). Le diagnostic agri-environnemental consiste en une évaluation des relations entre le système et les pratiques mises en œuvre par l’agriculteur et leurs impacts sur l’environnement.

Ces outils de diagnostic ont été développés pour différentes raisons :

  • L’apparition de problèmes croissants d’environnement en agriculture;

  • Le besoin de pouvoir analyser clairement les impacts positifs et négatifs qu’exerce l’exploitation agricole sur son environnement et d’objectiver son degré de responsabilité dans les phénomènes de pollution;

  • Le renforcement de la législation de l’environnement concernant l’agriculture;

  • L’introduction de la notion de « développement durable » (Convention de Rio, 1992), développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs; la ratification de la Convention de Rio implique la nécessité pour les Etats de définir des objectifs et des indicateurs y afférent;

  • Le besoin d’éco-certification des produits de l’agriculture, comme c’est le cas pour l’agriculture biologique.
Le DAE permet de porter un regard nouveau sur l’exploitation agricole au travers de sa relation avec l’environnement, mais il doit se faire dans le cadre d’une approche globale de l’exploitation et venir compléter les approches techniques, économiques, sociales et territoriales.

La réalisation du DAE prend en compte des indicateurs agri-environnementaux (IAE). Au départ d’informations simples recueillies auprès de l’agriculteur, des valeurs seront calculées pour les différents indicateurs agri-environnementaux. Celles-ci seront ensuite comparées à un référentiel basé selon le cas sur la situation antécédente de l’exploitation ou sur une moyenne régionale établie pour une même typologie d’exploitation. A ce sujet, il faut être attentif au fait que le référentiel régional doit régulièrement être soumis à modification suite à la collecte de nouvelles informations.

La démarche proposée conduira à identifier les points forts et les points faibles de la relation qui caractérise l’exploitation agricole à son environnement. Elle lui permettra, selon le cas, soit de suivre l’évolution de sa propre situation agri-environnementale dans le temps, soit de pouvoir se situer par rapport aux autres exploitations de même typologies situées dans la région. Le diagnostic étant posé, il devient possible d’orienter les pratiques mises en œuvre par l’agriculteur vers une meilleure efficacité environnementale, dans le cadre d’un projet d’exploitation.

Bien que le contexte agricole des pays développés (surproduction, pollution par les nitrates, réglementation agri-environnementale,…) diffère sensiblement de celui du Maroc (production extensive, faible recours aux intrants,…), le DAE constitue pour l’agriculture marocaine un outil susceptible d’améliorer la gestion des ressources naturelles limitées, sur lesquelles s’exerce une pression grandissante. Le respect de standards environnementaux conditionne de plus en plus l’accès à certains marchés d’exportation (exemple: accord d’association UE-Maroc).